Reprendre une boulangerie, un salon de coiffure ou un bar-tabac passe le plus souvent par l'achat d'un fonds de commerce. Le prix rémunère des éléments en partie immatériels : la clientèle, le nom, le droit au bail, le matériel. C'est précisément ce qui rend le financement délicat, car une banque prête plus facilement sur des murs que sur une clientèle.
À côté du crédit bancaire, le repreneur dispose de plusieurs leviers privés : apport de proches, crédit consenti par le vendeur, prêts d'honneur. Cette page explique comment les combiner sans fragiliser l'affaire.
Ce que l'on achète vraiment
Avant de chercher un financement, il faut savoir ce que vaut le fonds. Les éléments à examiner avec un expert-comptable :
- les bilans et comptes de résultat des dernières années, et leur cohérence avec l'activité observée ;
- le bail commercial : durée restante, loyer, clause de destination, conditions de cession ;
- les contrats de travail repris avec le fonds ;
- les autorisations nécessaires à l'activité, par exemple une licence pour un débit de boissons ;
- l'état du matériel et les mises aux normes à prévoir.
Un fonds payé trop cher est difficile à rembourser, quelle que soit la source du prêt.
Le crédit bancaire et ses compléments
Les banques financent les rachats de fonds de commerce, généralement avec un apport personnel significatif du repreneur et un nantissement du fonds. Bpifrance peut garantir une partie du prêt bancaire, ce qui facilite l'accord. Les réseaux de prêts d'honneur, comme Initiative France ou Réseau Entreprendre, accordent au repreneur un prêt personnel à taux zéro, sans garantie, qui vient renforcer son apport et rassure la banque.
Certaines organisations professionnelles et chambres consulaires accompagnent aussi les repreneurs dans leur secteur.
Le crédit vendeur
Le cédant peut accepter qu'une partie du prix soit payée plus tard, selon un échéancier. Cette pratique présente plusieurs avantages : elle réduit le besoin de financement immédiat, elle montre que le vendeur croit à la pérennité de l'affaire, et elle l'incite à bien accompagner la transition. Le vendeur protège sa créance par le privilège du vendeur et, le cas échéant, une clause résolutoire, inscrits au greffe dans les délais légaux. La rédaction de l'acte de cession par un avocat ou un notaire est vivement recommandée.
Emprunter à des proches pour un commerce
Un prêt ponctuel d'un parent ou d'un ami est légal. Il peut être consenti au repreneur, qui l'apporte ensuite à sa société, ou directement à la société. Les règles de base :
- un écrit précis, avec la somme en chiffres et en lettres écrite par l'emprunteur ;
- la déclaration du prêt avec le formulaire 2062 au-delà de 5 000 € ;
- un taux d'intérêt éventuel inférieur au taux d'usure, et des intérêts déclarés par le prêteur ;
- la transparence vis-à-vis de la banque, qui examinera l'origine de l'apport.
Un proche qui veut partager le risque et les résultats peut aussi entrer au capital de la société d'exploitation. Notre page sur la love money détaille ces choix.
Le prêteur peut demander une garantie, par exemple un nantissement du fonds, inscrit au greffe du tribunal de commerce. Il arrive alors après les créanciers mieux classés, notamment la banque et le vendeur.
Le prix payé et la protection des créanciers
La cession d'un fonds de commerce fait l'objet d'une publicité légale, au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales notamment. Pendant la période qui suit, les créanciers du vendeur peuvent faire opposition au paiement du prix. C'est pourquoi le prix est généralement versé à un séquestre (avocat, notaire ou autre tiers) avant d'être remis au vendeur. Les fonds empruntés à un proche transitent donc par ce séquestre, ce qui sécurise l'opération.
Les dangers des offres « financement de fonds de commerce »
Un repreneur pressé par une date de signature est une cible idéale pour les faux prêteurs. Les signaux d'alerte habituels : accord immédiat sans examen des bilans, demande de frais d'étude ou d'assurance avant le versement, interlocuteur injoignable par téléphone, adresse à l'étranger. Vérifiez tout intermédiaire sur le registre de l'ORIAS et consultez notre liste des faux prêteurs avant de transmettre le moindre document d'identité. Pour savoir à qui vous adresser légitimement, notre guide pour trouver un financement sérieux peut aider.
Monter un plan de financement équilibré
Un plan solide combine plusieurs sources, sans dépendre entièrement de l'une d'elles. Par exemple : un apport personnel renforcé par un prêt d'honneur, un prêt bancaire garanti, un crédit vendeur pour une partie du prix et, éventuellement, un prêt familial avec différé. Le besoin en fonds de roulement et les premiers mois d'exploitation doivent être financés aussi : beaucoup de reprises échouent faute de trésorerie, pas faute de clientèle. Voir aussi notre page sur le financement privé des entreprises.
Le bail commercial, pièce maîtresse du dossier
Pour beaucoup de commerces, le droit au bail représente une part importante de la valeur du fonds. Un financeur, qu'il s'agisse d'une banque ou d'un proche, voudra s'assurer que le bail est solide : durée restante suffisante, loyer cohérent avec le chiffre d'affaires, activité autorisée par la clause de destination, absence de litige avec le bailleur. Certains baux prévoient un droit de préemption ou un agrément du bailleur en cas de cession. Si le bail arrive bientôt à échéance ou si le loyer risque d'être réévalué fortement, le prix du fonds doit en tenir compte. Faites relire le bail par un avocat avant de signer le compromis, et intégrez ses conclusions dans le dossier présenté aux prêteurs.
Check-list du repreneur
- Faire auditer les comptes et le bail par des professionnels.
- Solliciter un prêt d'honneur avant la banque.
- Négocier un crédit vendeur partiel.
- Formaliser et déclarer tout prêt familial.
- Prévoir la trésorerie des premiers mois.
- Ne verser aucun frais à un prêteur avant le déblocage.
Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager.
